Dirigeants & entreprise

Rémunération et protection sociale du dirigeant

La bonne rémunération n'est pas celle qui minimise les cotisations. C'est celle qui permet de transformer efficacement les ressources de l'entreprise en niveau de vie, patrimoine et protection pour le dirigeant, sans fragiliser l'entreprise.

  • De combien le dirigeant et son foyer ont-ils réellement besoin ?
  • Combien l'entreprise peut-elle consacrer durablement à son dirigeant ?
  • Sous quelle forme faut-il organiser les flux ?
Auteur

Gary Vigier — Fondateur d’OptiFi, conseil financier et patrimonial

Dernière mise à jour

Nature du contenu

Information générale, hors conseil personnalisé

Doctrine OptiFi

Le raisonnement ne commence pas par la fiscalité.

  1. Besoins de l'entrepriseBesoins du dirigeant
  2. Risques
  3. Structuration des flux
  4. Optimisation fiscale et sociale

Projet personnel

Avant de parler salaire ou dividendes, partons du projet personnel

Une stratégie de rémunération ne peut pas être construite indépendamment du niveau de vie du foyer, des revenus du conjoint, de la fiscalité globale, du patrimoine déjà constitué, de la liquidité disponible, de la retraite attendue et des projets futurs.

Un besoin récurrent, comme 8 000€/mois pour le niveau de vie, ne se traite pas comme un besoin ponctuel, comme 150 000€ d'apport personnel dans deux ans.

Le bon point de départ n'est pas : combien puis-je sortir ? Mais : de combien ai-je besoin, pour quoi faire et à quel horizon ?

Capacité de l'entreprise

Combien l'entreprise peut-elle réellement consacrer au dirigeant ?

Un bénéfice comptable n'est pas automatiquement un montant distribuable ou économiquement disponible. Avant de décider un flux vers le dirigeant, il faut mesurer les besoins présents et futurs de l'entreprise.

Une somme disponible comptablement n'est pas nécessairement disponible économiquement.
Lire le pilier trésorerie d'entreprise
Budget mobilisable
01Capacité économique
02Besoins futurs
03Marge de sécurité
04Budget réellement mobilisable

Capital dans l'entreprise

Faut-il conserver les fonds dans l'entreprise ?

La réponse ne peut pas être uniquement fiscale. Elle dépend de l'utilité économique du capital et du risque opérationnel auquel il reste exposé.

Cas 1

Le capital a une utilité dans l'entreprise

Croissance, acquisition, recrutement, investissements, BFR, développement international ou sécurité financière : distribuer uniquement parce qu'un flux paraît fiscalement favorable peut dégrader la capacité de développement.

Cas 2

Le risque opérationnel est important

Risque commercial, industriel, juridique, responsabilité, concentration clients, volatilité ou risque sectoriel : accumuler indéfiniment du capital dans la structure d'exploitation peut exposer le patrimoine au risque de l'activité.

Lorsqu'un capital n'est plus nécessaire à l'exploitation, la question de son maintien dans la société opérationnelle mérite donc d'être posée.

Cette réflexion reste prudente : cautions, garanties données, responsabilités du dirigeant, structure juridique et règles en cas de difficultés peuvent modifier l'analyse. Un actif sorti de l'exploitation n'est jamais présenté comme absolument insaisissable.

Exploitation, holding, patrimoine personnel

Sortir de l'exploitation ne signifie pas nécessairement tout distribuer au dirigeant

Deux destinations possibles
Société d'exploitation
↓
RémunérationDividendes personnelsÉpargne salariale
Patrimoine personnel du dirigeantou
Remontée de dividendes vers la holdingActifs détenus par la holding hors société d'exploitation

Cette possibilité suppose notamment que la holding détienne la société d'exploitation.

Une holding peut dissocier une partie des actifs financiers du risque opérationnel de la société d'exploitation. Mais le capital reste détenu dans une société : il n'est pas pour autant devenu disponible pour le dirigeant à titre personnel.

Lorsque la holding n'existe pas encore ou ne détient pas la société d'exploitation, sa mise en place relève d'une opération de structuration distincte, à analyser juridiquement et fiscalement.

L'extraction personnelle ultérieure peut créer une fiscalité propre. Une holding ne doit jamais être présentée comme un outil pour faire disparaître l'impôt.

Lire notre approche de la holding et de la structuration

Revenu réellement disponible

Du coût pour l'entreprise au revenu réellement disponible

Comparer deux statuts à partir d'un simple taux de charges conduit souvent à comparer des réalités différentes.

Rémunération
Coût entreprise
Rémunération brute
Cotisations
Net avant impôt
Impôt du foyer
Net réellement disponible
Dividende
Résultat
IS
Résultat distribuable
Dividende
Fiscalité et prélèvements
Net réellement disponible

Aucun ratio générique n'est utilisé ici : les résultats dépendent du niveau de rémunération, du statut, des assiettes, des plafonds, de l'année et de la situation personnelle.

SAS ou SARL

Le véritable enjeu est le statut social du dirigeant

Une structure moins coûteuse en cotisations n'est pas nécessairement plus avantageuse si l'on ignore les droits sociaux perdus, la fiscalité future et les objectifs patrimoniaux.

SujetPrésident de SASGérant majoritaire de SARL
Statut socialPrésident assimilé salarié, rattaché au régime général pour sa rémunération.Gérant majoritaire travailleur non salarié.
Cotisations sur rémunérationLogique proche du salarié cadre, avec assiettes et règles propres au mandat.Logique TNS, avec cotisations provisionnelles puis régularisation selon les revenus définitifs.
Protection socialeCouverture sociale du régime général, hors assurance chômage liée au mandat.Protection obligatoire de travailleur non salarié, à compléter selon le niveau de vie à protéger.
RetraiteRetraite de base et retraite complémentaire Agirc-Arrco selon les règles applicables.Droits retraite construits dans le régime des indépendants et les régimes complémentaires concernés.
Accidents du travail / maladies professionnellesCouverture prévue pour le dirigeant assimilé salarié selon les règles applicables.Le TNS ne bénéficie pas automatiquement d'une couverture spécifique AT/MP ; une assurance volontaire peut notamment être étudiée.
Chômage automatique lié au mandatNon : le mandat social ne donne pas automatiquement droit à l'assurance chômage.Non : le gérant majoritaire n'est pas couvert par l'assurance chômage au titre de son mandat.
DividendesTraitement fiscal et social différent de celui d'une rémunération.Une partie des dividendes peut entrer dans l'assiette sociale du TNS selon les règles applicables.
Souplesse de rémunérationArbitrages possibles entre rémunération, dividendes et calendrier de distribution.Arbitrages possibles, mais avec une lecture sociale spécifique des dividendes du dirigeant majoritaire.

Cette comparaison présente les règles générales. Pour certaines professions libérales, notamment réglementées, les régimes obligatoires de retraite et de prévoyance dépendent également de la caisse professionnelle concernée.

Salaire ou dividendes

Salaire ou dividendes : un faux duel

La question n'est pas de choisir définitivement entre salaire et dividendes. Elle est de déterminer quelle combinaison répond le mieux aux objectifs du dirigeant.

Les deux flux ne remplissent pas les mêmes fonctions. La rémunération peut financer un revenu régulier et des droits sociaux. Le dividende dépend du résultat distribuable, de l'impôt sur les sociétés, de la décision de distribution et de la fiscalité du foyer.

Dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés, une rémunération correspondant à un travail effectif et non excessive peut en principe constituer une charge déductible du résultat imposable. Le dividende est, lui, distribué à partir d'un résultat après impôt sur les sociétés.

C'est pourquoi comparer un montant de rémunération et un montant de dividendes sans partir d'un même coût économique pour l'entreprise peut conduire à une comparaison trompeuse.

Revenu disponible

Ce qui arrive réellement dans le budget du foyer après les prélèvements applicables.

Fiscalité société + foyer

Le coût doit être lu au niveau de l'entreprise et du foyer fiscal, pas isolément.

Droits sociaux créés

La rémunération peut financer des droits que le dividende ne finance pas de la même manière.

Calendrier et disponibilité

Le besoin peut être immédiat, progressif ou lié à une échéance personnelle.

Projet personnel

Structurer les flux au service d'un objectif concret

Pour constituer 120 000€ d'apport personnel dans deux ans tout en maintenant son niveau de vie, il n'est pas forcément nécessaire de sortir 120 000€ immédiatement.

La structuration de la rémunération peut être pensée sur plusieurs exercices plutôt qu'année par année.
  1. 01Aujourd'hui : couvrir le besoin courant
  2. 02Année suivante : constituer progressivement le capital
  3. 03Échéance : disposer de la liquidité personnelle

Cotisations et droits

Cotiser moins n'est pas automatiquement gagner plus

Une cotisation sociale doit être analysée en fonction des droits qu'elle finance : maladie, indemnités journalières, invalidité, décès, retraite de base et retraite complémentaire.

La bonne question n'est pas : combien économise-t-on en cotisations ? Mais : que perd-on réellement en réduisant la rémunération de 30 000€ ?

Protection sociale

La protection sociale fait partie de la rémunération

Arrêt de travail

Quel revenu subsiste si le dirigeant ne peut plus exercer temporairement ?

Invalidité

Quel niveau de revenu est maintenu si la capacité de travail est durablement atteinte ?

Décès

Que reçoit la famille et comment les charges du foyer sont-elles couvertes ?

Retraite

Quels droits sont réellement constitués et quel complément patrimonial faudra-t-il financer ?

Les régimes obligatoires peuvent être insuffisants par rapport au niveau de vie du dirigeant. La prévoyance complémentaire peut alors couvrir le maintien de revenus, l'invalidité, le décès, la protection familiale ou certaines charges professionnelles.

Relier rémunération et retraite

Rémunération globale

La rémunération globale ne se limite pas au salaire et aux dividendes

Selon la structure, l'effectif et les règles applicables, l'intéressement, la participation, le PEE ou le PERECO (PER d'entreprise collectif) peuvent entrer dans la réflexion. Leur traitement social et fiscal, ainsi que la possibilité pour le dirigeant d'en bénéficier, varient selon le dispositif, son statut, l'effectif et la situation de l'entreprise.

Logique de partage
Performance
Mécanisme de partage
Versement immédiat ou épargne
PEE / PERECO
Éventuel abondement

Ces dispositifs peuvent concerner les salariés et, dans certaines situations, le dirigeant. Les conditions réglementaires détaillées ne sont pas développées ici afin d'éviter les raccourcis.

PER

Le PER peut compléter la stratégie, mais il ne la définit pas

Le PER peut être une destination possible d'une partie du revenu. Son intérêt dépend de l'avantage fiscal immédiat, de l'horizon retraite, de l'indisponibilité du capital, de la fiscalité future et du besoin de liquidité.

Il intervient après le diagnostic : niveau de rémunération, protection sociale, retraite, patrimoine déjà constitué et capacité réelle de l'entreprise.

Relier PER et stratégie d'investissement

Capital au bon endroit

Ne pas distribuer est aussi une décision patrimoniale

Trois destinations peuvent coexister : consommation personnelle, constitution du patrimoine personnel et capitalisation professionnelle.

Le bon équilibre dépend du besoin de l'entreprise, du risque de l'activité, des objectifs du dirigeant, de son horizon et du patrimoine déjà constitué.

Le meilleur choix n'est pas celui qui laisse le moins d'impôt aujourd'hui. C'est celui qui place le capital au bon endroit pour servir son objectif.

Dans le temps

La stratégie de rémunération évolue avec l'entreprise et avec le dirigeant

Une politique de rémunération ne se décide pas une fois pour toutes lors de la création de l'entreprise.

  1. 01CréationPréserver la trésorerie et sécuriser le dirigeant.
  2. 02CroissanceArbitrer revenu, protection et réinvestissement.
  3. 03MaturitéOrganiser progressivement le patrimoine privé.
  4. 04Pré-cessionRevoir les flux et la structuration.
  5. 05RetraiteTransformer le patrimoine constitué en revenus.

Cas pratiques

Trois situations, trois arbitrages différents

Cas 01

Entreprise en forte croissance

Le dirigeant pourrait distribuer davantage, mais le capital finance encore le recrutement, le développement commercial et les investissements. La priorité peut être de sécuriser le niveau de vie sans priver l'entreprise de ses moyens de croissance.

Cas 02

Activité rentable mais exposée

La société génère du résultat, mais l'activité reste sensible au risque commercial, juridique, sectoriel ou à la concentration clients. La question devient : quel montant doit réellement rester exposé dans la société opérationnelle ?

Cas 03

Projet immobilier personnel à deux ans

Le besoin n'est pas seulement un revenu mensuel : il faut constituer progressivement un apport personnel sans déséquilibrer l'entreprise. Le calendrier des flux compte autant que leur forme.

Méthode OptiFi

Comment OptiFi analyse la rémunération d'un dirigeant

  1. 01
    Identifierles besoins personnels, le niveau de vie et les projets.
  2. 02
    Mesurerla capacité économique durable de l'entreprise.
  3. 03
    Évaluerles risques et le niveau de protection nécessaire.
  4. 04
    Comparerles canaux de rémunération, distribution ou capitalisation.
  5. 05
    Optimiserla fiscalité et les cotisations seulement après ce diagnostic.

Questions fréquentes

Comprendre avant d'arbitrer

Faut-il choisir la SAS ou la SARL pour mieux se rémunérer ?

Pas uniquement. Le choix SAS ou SARL modifie le statut social du dirigeant, le traitement des cotisations, les droits constitués et la lecture des dividendes. Il doit être comparé avec les besoins du foyer, la protection recherchée et la situation de l'entreprise.

Vaut-il mieux se verser un salaire ou des dividendes ?

Aucune réponse universelle n'est fiable. La rémunération et les dividendes ne créent pas les mêmes droits, ne suivent pas le même calendrier et ne produisent pas le même revenu disponible après fiscalité du foyer.

Un président de SAS bénéficie-t-il automatiquement du chômage ?

Non. Le mandat social de président de SAS ne donne pas automatiquement droit à l'assurance chômage. Une analyse spécifique est nécessaire lorsqu'un contrat de travail distinct est évoqué.

Pourquoi conserver de la trésorerie dans son entreprise ?

Parce qu'une partie du capital peut financer le BFR, les investissements, les recrutements, la dette, la sécurité financière ou la croissance. Distribuer uniquement parce que la fiscalité paraît favorable peut fragiliser l'entreprise.

Pourquoi peut-il être pertinent de sortir du capital d'une société d'exploitation ?

Lorsqu'un capital n'est plus nécessaire à l'exploitation, son maintien dans la société opérationnelle peut l'exposer au risque de l'activité. La réponse dépend toutefois des garanties, responsabilités, règles juridiques et objectifs patrimoniaux.

L'épargne salariale peut-elle concerner le dirigeant ?

Dans certaines situations, oui. L'intéressement, la participation, le PEE ou le PERECO peuvent entrer dans une rémunération globale, sous conditions et selon l'effectif, le statut du dirigeant et les règles du dispositif.

Références

Sources officielles

  1. Service-Public Entreprendre — cotisations sociales d'une SAS — Statut social du président de SAS, régime général, absence d'assurance chômage attachée au mandat et protection sociale couverte.
  2. Service-Public Entreprendre — protection sociale du dirigeant de société — Distinction entre dirigeant assimilé salarié et travailleur non salarié, cotisations, retraite et protection obligatoire.
  3. Code de la sécurité sociale — articles L.131-6, L.136-3 et R.131-7 — Assiette sociale des travailleurs indépendants et règles applicables à certains revenus distribués.
  4. Service-Public Entreprendre — assurance volontaire individuelle AT/MP du travailleur indépendant — Possibilité pour le dirigeant majoritaire de SARL de souscrire une assurance volontaire accidents du travail et maladies professionnelles.
  5. BOFiP — BOI-IS-BASE-30-20 — Déductibilité des rémunérations des dirigeants correspondant à un travail effectif et non excessives.
  6. Légifrance — Code de commerce, article L.232-10 — Règles de réserve légale dans les SARL et sociétés par actions.
  7. Légifrance — Code de commerce, article L.232-11 — Définition du bénéfice distribuable et limites à la distribution lorsque les capitaux propres seraient insuffisants.
  8. Service-Public Entreprendre — intéressement — Fonctionnement général de l'intéressement et situations dans lesquelles les dirigeants peuvent être concernés.
  9. Service-Public Entreprendre — participation — Principes de la participation, caractère obligatoire ou facultatif selon la taille de l'entreprise et partage de la valeur.
  10. Info-Retraite — portail officiel — Consultation des droits retraite et préparation des projections de revenus futurs.

Cette page présente une information générale à caractère pédagogique, à jour à la date de dernière mise à jour indiquée. Elle ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Toute décision doit être étudiée au regard de votre situation propre.

Construire une stratégie de rémunération autour de vos objectifs. La rémunération du dirigeant touche simultanément à l'entreprise, au foyer fiscal, à la protection sociale, à la retraite et au patrimoine personnel.