Analyses · Épargne financière

Fiscalité de l’assurance-vie : repères techniques sur les rachats et la transmission

Cette note technique rassemble les règles de calcul de l’assurance-vie qui reviennent le plus souvent dans nos analyses : quote-part imposable d’un rachat, régimes des articles 990 I et 757 B, portée réelle du caractère « hors succession » et différences de mécanique avec le PEA, le compte-titres et le PER. Pour une présentation complète de l’enveloppe, de ses usages et de la méthode OptiFi, consultez notre page de référence Assurance-vie : fiscalité, transmission et versements après 70 ans.

En bref

  • Un rachat n’est imposé que sur sa quote-part de gains ; après 8 ans, un abattement annuel s’applique pour les résidents fiscaux français.
  • Au décès, l’article 990 I prévoit 152 500€ d’abattement par bénéficiaire, puis 20% jusqu’à 700 000€ de part taxable et 31,25% au-delà ; l’article 757 B prévoit un abattement global de 30 500€ sur les primes versées après 70 ans.
  • Le caractère « hors succession » est un principe civil assorti d’exceptions, pas une garantie absolue.

Souscripteur, assuré, bénéficiaire

Le souscripteur conclut le contrat et effectue les versements ; l’assuré est la personne dont le décès déclenche le versement du capital, le plus souvent le souscripteur lui-même ; le bénéficiaire est désigné par la clause bénéficiaire. La fiscalité au décès dépend de l’âge de l’assuré à la date de chaque versement, et non de l’âge du contrat.

L’assurance-vie est une enveloppe : les versements y sont investis en fonds en euros, assortis d’une garantie en capital définie par le contrat, éventuellement nette de frais de gestion, et/ou en unités de compte, sans garantie en capital. La performance dépend des supports et du coût total, pas de l’enveloppe.

Rachats : ce qui est réellement imposé

Un rachat ne porte pas sur un support particulier : chaque euro retiré contient du capital et des gains dans la même proportion que le contrat dans son ensemble. Seule la quote-part de gains est imposable :

Quote-part de gains = montant racheté × (valeur du contrat − primes non remboursées) ÷ valeur du contrat.

Impôt sur le revenu applicable aux gains rachetés — primes versées depuis le 27 septembre 2017 (résidents fiscaux français)
Durée du contratPrimes totales jusqu’à 150 000€Primes totales au-delà de 150 000€
Contrat de moins de 8 ans12,8%, ou barème progressif sur option globaleIdentique
Contrat de 8 ans ou plusAbattement annuel de 4 600€ (personne seule) ou 9 200€ (couple soumis à imposition commune), puis 7,5%Abattement, puis 7,5% sur la quote-part de gains attachée aux primes jusqu’à 150 000€ et 12,8% au-delà
  • Le seuil de 150 000€ s’apprécie sur l’ensemble des primes non remboursées de tous les contrats d’une même personne, et non contrat par contrat.
  • Les prélèvements sociaux s’ajoutent à l’impôt : 17,2% dans le cas général pour les gains d’assurance-vie. Sur le fonds en euros, ils sont en principe prélevés chaque année lors de l’inscription des intérêts ; sur les unités de compte, lors du rachat ou du décès.
  • Les gains attachés aux primes versées avant le 27 septembre 2017 relèvent de règles antérieures : un contrat ancien doit être analysé versement par versement.

Avances. Une avance est un prêt consenti par l’assureur, garanti par le contrat, qui porte intérêt et doit être remboursé. Elle n’est pas un rachat et ne déclenche donc pas l’imposition d’un rachat, mais elle reste un endettement dont le coût et les conditions doivent être appréciés comme tels.

Non-résidents. Les rachats d’une personne domiciliée fiscalement hors de France subissent un prélèvement forfaitaire libératoire de 12,8% avant 8 ans et de 7,5% après 8 ans, éventuellement réduit par une convention fiscale ; les non-résidents ne supportent pas les prélèvements sociaux sur ces revenus. Le pays de résidence peut imposer le contrat selon ses propres règles.

Sources : Service-Public.fr — Imposition des revenus d’un contrat d’assurance-vie (vérifié le 15 avril 2026) · impots.gouv.fr — Rachats réalisés par un non-résident (modifié le 26 février 2026)

Au décès : un principe civil, deux régimes fiscaux

« Hors succession » : un principe, pas une garantie

Le capital versé au décès de l’assuré à un bénéficiaire déterminé ne fait pas, en principe, partie de la succession. Ce principe connaît des exceptions :

  • en l’absence de bénéficiaire désigné, le capital est réintégré dans la succession ;
  • lorsque le souscripteur décède sans être l’assuré, le contrat se poursuit et sa valeur de rachat figure à l’actif de sa succession ;
  • pour un couple marié ou pacsé, un contrat alimenté par des fonds communs et non dénoué au décès de l’un des membres du couple est porté à l’actif de la communauté, ce qui intègre la moitié de sa valeur de rachat à la succession ;
  • des primes manifestement exagérées au regard de l’âge et des facultés du souscripteur peuvent être réintégrées à la demande des héritiers.

Quel régime pour quelles primes ?

Fiscalité des capitaux décès selon la date de souscription et la date des versements
Primes versées avant le 13 octobre 1998Primes versées depuis le 13 octobre 1998
Contrat souscrit avant le 20 novembre 1991Non taxablesArticle 990 I, quel que soit l’âge lors du versement
Contrat souscrit depuis le 20 novembre 1991Avant 70 ans : non taxables · Après 70 ans : article 757 BAvant 70 ans : article 990 I · Après 70 ans : article 757 B

Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés au titre des deux régimes.

Primes versées avant 70 ans : article 990 I

Chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500€, apprécié pour l’ensemble des contrats conclus sur la tête d’un même assuré. Au-delà, le prélèvement est de 20% sur la part taxable jusqu’à 700 000€ et de 31,25% sur la fraction excédentaire. Il porte sur le capital reçu, gains compris, et il est acquitté par l’assureur avant versement.

Primes versées après 70 ans : article 757 B

Pour les contrats souscrits depuis le 20 novembre 1991, les primes versées après le 70e anniversaire de l’assuré sont soumises aux droits de succession selon le lien de parenté, pour leur fraction excédant un abattement global de 30 500€. Cet abattement vaut pour l’ensemble des contrats conclus sur la tête d’un même assuré et se répartit entre les bénéficiaires non exonérés au prorata de leur part dans les primes taxables.

Seules les primes entrent dans l’assiette : les produits générés par ces versements ne sont pas soumis aux droits de mutation par décès au titre de l’article 757 B. Les primes taxables s’ajoutent à ce que le bénéficiaire reçoit de la succession, avec l’abattement personnel de droit commun s’il n’a pas déjà été utilisé.

Sources : Légifrance — article 757 B du CGI (version en vigueur depuis le 11 mars 2023) · Légifrance — article 990 I du CGI (version en vigueur depuis le 11 mars 2023) · BOFiP — BOI-TCAS-AUT-60 (30 mars 2023) · impots.gouv.fr — Bénéficiaire d’une assurance-vie : imposition des primes

Assurance-vie, PEA, compte-titres, PER : des mécaniques différentes

Ces enveloppes ne répondent pas aux mêmes objectifs et ne se comparent pas sur un seul critère fiscal. Le tableau résume leurs mécaniques pour un résident fiscal français ; il ne constitue pas une recommandation de produit.

Comparaison des mécaniques fiscales et de disponibilité (résident fiscal français, règles 2026)
Assurance-viePEACompte-titresPER assurantiel
Fiscalité des gains en cours de vieImposition lors des rachats, sur la seule quote-part de gains ; régime plus favorable après 8 ansAprès 5 ans, gains exonérés d’impôt sur le revenu ; prélèvements sociaux dusDividendes et plus-values imposés lorsqu’ils sont perçus ou réalisésVersements volontaires déductibles sous plafond ; imposition à la sortie
DisponibilitéRachat possible à tout momentRetrait avant 5 ans : clôture en principe, sauf exceptions légalesLibreBloqué jusqu’à la retraite, sauf cas légaux de déblocage
Au décèsCapital versé aux bénéficiaires désignés, selon les articles 990 I ou 757 BClôture du plan ; titres et liquidités intégrés à la successionTitres intégrés à la successionSelon l’âge au décès : article 990 I avant 70 ans, article 757 B après 70 ans sur la totalité des sommes
  • L’assurance-vie organise une transmission hors droits de succession dans les limites des articles 990 I et 757 B, mais son régime d’imposition des gains en cours de vie n’est pas toujours plus favorable que celui d’un PEA de plus de 5 ans.
  • Le PER est d’abord une enveloppe de retraite : la déduction à l’entrée a pour contrepartie une imposition à la sortie, et ses règles au décès diffèrent de celles de l’assurance-vie après 70 ans.
  • Le compte-titres n’offre pas de cadre fiscal particulier, mais il n’impose ni durée ni plafond et convient à des actifs que les autres enveloppes n’acceptent pas.

Points de vigilance

  • Contrats anciens : antériorité fiscale, primes antérieures au 27 septembre 2017 ou au 13 octobre 1998 ; transformer ou abandonner un contrat se décide en connaissance de cette histoire. La loi PACTE du 22 mai 2019 a ouvert, sous conditions, le transfert d’un contrat vers un autre contrat du même assureur en conservant son antériorité fiscale.
  • Clause bénéficiaire : désignation, rangs, prédécès, clause démembrée ; une rédaction type n’est pas adaptée à toutes les familles.
  • Versements après 70 ans : ils restent possibles et peuvent être pertinents ; séparer les versements avant et après 70 ans dans des contrats distincts facilite le suivi.
  • Situation internationale : la résidence fiscale de l’assuré et des bénéficiaires conditionne l’application du prélèvement 990 I et des droits de succession ; une convention peut modifier le résultat.

L’avis d’OptiFi

J’aime à dire que l’assurance-vie est une enveloppe, offrant des avantages fiscaux, au sein de laquelle de nombreuses stratégies sont possibles. Une large part de l’épargne investie en assurance-vie reste placée en fonds en euros, ce qui entretient la confusion entre le contrat et ce support.

L’enveloppe ne fait pas la performance : ce sont les supports, le coût total et la cohérence avec l’horizon qui la font. Elle ne règle pas non plus seule une transmission : la clause bénéficiaire, la date des versements et la résidence des bénéficiaires comptent autant que les abattements. C’est pourquoi nous proposons parfois plusieurs contrats, chacun servant un objectif propre.

Pour aller plus loin

Sources et références

Sources officielles, consultées en octobre 2026.

  1. Légifrance — article 757 B du CGI (version en vigueur depuis le 11 mars 2023) — Droits de mutation par décès sur la fraction des primes versées après 70 ans ; abattement global de 30 500€ pour l’ensemble des contrats conclus sur la tête d’un même assuré ; régime particulier du PER.
  2. Légifrance — article 990 I du CGI (version en vigueur depuis le 11 mars 2023) — Prélèvement sur les capitaux décès hors article 757 B : abattement de 152 500€ par bénéficiaire, puis 20% et 31,25%.
  3. BOFiP — BOI-TCAS-AUT-60 (30 mars 2023) — Champ, assiette et taux du prélèvement de l’article 990 I : 20% sur la part taxable jusqu’à 700 000€, 31,25% au-delà.
  4. BOFiP — BOI-ENR-DMTG-10-10-20-20 (30 mars 2023) — Contrats d’assurance et droits de mutation par décès : champ de l’article 757 B et détermination des primes taxables.
  5. impots.gouv.fr — Bénéficiaire d’une assurance-vie : imposition des primes — Tableau officiel selon les dates de souscription et de versement, répartition de l’abattement de 30 500€, exceptions au principe « hors succession », conditions de résidence du prélèvement 990 I.
  6. Service-Public.fr — Imposition des revenus d’un contrat d’assurance-vie (vérifié le 15 avril 2026) — Rachats : 12,8% avant 8 ans, abattement de 4 600€ / 9 200€ et 7,5% ou 12,8% après 8 ans selon le seuil de 150 000€ de primes ; prélèvements sociaux de 17,2%.
  7. impots.gouv.fr — Rachats réalisés par un non-résident (modifié le 26 février 2026) — Prélèvement forfaitaire libératoire de 12,8% ou 7,5%, réduction conventionnelle possible, absence de prélèvements sociaux pour les non-résidents.

Questions fréquentes

L’abattement de 30 500€ après 70 ans s’applique-t-il par bénéficiaire ?

Non. L’article 757 B prévoit un abattement global de 30 500€ pour l’ensemble des contrats conclus sur la tête d’un même assuré. Il est réparti entre les bénéficiaires non exonérés au prorata de leur part dans les primes taxables.

Le prélèvement de l’article 990 I est-il toujours de 20% ?

Non. Après l’abattement de 152 500€ par bénéficiaire, le taux est de 20% sur la part taxable jusqu’à 700 000€, puis de 31,25% au-delà. Le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés.

L’assurance-vie est-elle toujours hors succession ?

En principe, le capital versé à un bénéficiaire désigné ne fait pas partie de la succession. Il peut toutefois y être réintégré, notamment en l’absence de bénéficiaire, dans certaines situations liées à la communauté entre époux ou lorsque les primes sont manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur.

Les gains des primes versées après 70 ans sont-ils taxés au décès ?

Pas aux droits de succession au titre de l’article 757 B, qui ne retient que les primes au-delà de l’abattement global. Les prélèvements sociaux sur les gains peuvent en revanche être dus.

Comment est calculée la part imposable d’un rachat partiel ?

Seule la quote-part de gains contenue dans le rachat est imposable : montant racheté × (valeur du contrat − primes non remboursées) ÷ valeur du contrat.

Une avance est-elle un rachat ?

Non. L’avance est un prêt consenti par l’assureur, garanti par le contrat, qui porte intérêt et doit être remboursé. Elle ne constitue pas un rachat, mais elle n’est pas gratuite et ses conditions dépendent du contrat.

Analyse publiée le 30 juillet 2021 et révisée en octobre 2026. Cette page présente une information générale à caractère pédagogique, à jour à la date de dernière mise à jour indiquée. Elle ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Toute décision doit être étudiée au regard de votre situation propre.